La céréaliculture oubliée du système d’agrégation
soumis par admin le 17/02/2012
L'interprofession attend également son heure Deux lois cadres au Conseil de gouvernement de ce jeudi Bachir THIAM L'Economiste : 16 - 02 - 2012
AVANT même l'adoption de la loi sur l'agrégation, certaines filières notamment sucrière, laitière et celles orientées vers l'export, fonctionnent à merveille. La seule, et de loin la plus importante, encore à la traîne dans cette stratégie, est la céréaliculture que certains qualifient de la 5e roue du carrosse. De surcroît, le seul projet d'agrégation connu à ce jour dans cette filière, «tanmia filahia», initiée dans la Chaouia-Ourdighia par le groupe Charaf Corporation, est encore à l'état de balbutiement. La céréaliculture forme l'essentiel de l'agriculture, en termes de surface agricole utile (SAU) et de populations qui en dépendent. Elle porte sur 60% de cette surface, soit 5 millions d'hectares des 9 millions qui couvrent la superficie agricole dite utile. D'où d'ailleurs, la très grande attention accordée par les pouvoirs publics à cette filière et à l'élevage. Pour marquer encore plus leur côté sensible, aussi bien du point économique et social, l'Etat veille aux grains. Il a mis la barre du protectionnisme très haut en fixant les droits de douane sur les importations de blé tendre à 135% et le blé dur à 85%. Quant à l'élevage, le taux appliqué sur l'importation de bovins et ovins dépasse les 200%. Or, à valeur actuelle, le plus haut taux de droit de douane appliqué sur le reste des autres produits importés, dans le cadre du démantèlement, est plafonné à 25%.
Pour tous ces enjeux là, le monde agricole attend de pied ferme l'issue du Conseil de gouvernement de ce jeudi 16 février, entre autres, sur les projets de loi relatifs à l'agrégation agricole et aux organisations professionnelles agricoles et de pêche maritime. Une question de formalité, estime Ahmed Ouayach. Car, relativise le président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader), «ces deux textes soumis au Conseil de gouvernement sont déjà passés au niveau des deux chambres et du Secrétariat général du gouvernement». Donc, au-delà de l'adoption attendue de ces lois cadres, le plus important aux yeux d'Ouayach, reste les textes d'application qui vont avec. Aussi, rien d'original à espérer de ces deux dispositifs, d'autant plus que, explique-t-il, «ce chantier, fruit d'une demande des opérateurs qui dure depuis près de trois ans maintenant, associe ces derniers à son élaboration». Mais tout part du constat des initiateurs de la stratégie Maroc Vert qui se sont rendus compte que la réussite de cette stratégie dépend de sa capacité à intégrer tous les concernés. C'est en ce sens que les deux projets de loi se complètent et sont attendus par les professionnels comme constituant «un moyen efficace de toucher la petite agriculture, qui concerne 75% des opérateurs». Voilà qui mettrait fin également à la tendance du plan Maroc Vert faisant la part belle au seul volet productiviste.
Entre autres espoirs de réparation des torts, la fin de la précarité financière des associations professionnelles, fruit d'improbables cotisations en les dotant de «moyens plus conséquents». C'est l'attente des professionnels. L'accompagnement et l'encadrement promis aux agriculteurs, un des gages du succès de ce plan, passent par l'octroi de moyens financiers importants et la restructuration du champ associatif qui compte pas moins de 6.000 organisations. Pour y mettre de l'ordre, «il faut réorganiser tout cela», dit Ouayach. Un brin nostalgique, il ne se lasse pas d'évoquer le fait d'armes de l'ancien ministre français de l'Agriculture Edgard Pisani (1961-1966) qui, rappelle-t-il, «en organisant les agriculteurs français et en misant sur la R&D, la France est devenue du jour au lendemain une puissance agricole mondiale». Le rêve du président de la Comader tient de là. Et «il est permis», sachant que l'organisation des opérateurs (loi sur l'interprofession) promet de fédérer les composantes d'une même filière (production, valorisation, commercialisation) autour d'une vision unifiée et concertée. Le but étant de conjuguer les efforts des opérateurs dans les domaines clés tels que l'encadrement, la recherche, le transfert technologique, la diffusion de l'information et la promotion des produits.
Quel intérêt pour une agrégation
Selon le projet de loi, l'agrégation vise à asseoir une relation équitable entre agrégateurs et agrégés. Il définit ainsi les principes d'agrégation, sécurise les transactions commerciales des parties contractantes et met en place des outils à même de favoriser les règlements des différends. Sur ce dernier point, le projet prévoit le recours à la médiation conventionnelle avant toute autre procédure contentieuse. A défaut de désignation de médiateur dans le contrat d'agrégation, le projet de loi propose un organe de médiation collégial composé du président de la chambre d'agriculture régionale, du représentant désigné par l'interprofession de la filière concernée et du représentant régional du ministère de l'Agriculture, qui assure la présidence et le secrétariat dudit organe.
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